Un défilé de la fierté « essentiel » pour la communauté LGBTQ+ de Toronto
À Toronto, les festivités de la Fierté culminent ce dimanche avec le traditionnel défilé dans les rues de la ville. À l’heure où les droits LGBTQ+ restent fragiles dans plusieurs régions du monde, et notamment au sud de la frontière, des membres de la communauté rappellent plus que jamais l’importance du plus grand festival du genre qui soit au pays. Cette année, les célébrations auront une saveur politique, pense Scott Strachan, croisé sur la rue Church. Pour Scott Strachan et son ami Alex Haddad, il est important de souligner la Fierté pour rappeler tout le chemin parcouru avant de pouvoir célébrer librement. Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé C’est une année particulière [... ] on renoue peut-être davantage avec cette histoire militante que les dernières années, qui étaient des festivités où l’on se rassemble et s'amuse. Dans le Village gai, au centre-ville, les drapeaux de la Fierté colorent les rues. Mais au-delà du quartier, plusieurs membres de la communauté, comme Michael Went, s’inquiètent aussi d’un recul des droits des personnes LGBTQ+. Jared Backhouse et son ami Michael Went prennent part depuis plusieurs années aux festivités de la Fierté à Toronto. Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé Pour sa part, Scott Strachan surveille ce qui se déroule au sud de la frontière. Depuis son retour au pouvoir, le président américain, Donald Trump, a adopté une série de décrets hostiles à la communauté trans. Au pays, les crimes haineux en lien avec l’orientation sexuelle ont plus que triplé en cinq ans, passant de 265 en 2019 à 860 en 2023, selon les plus récentes données de Statistique Canada. Depuis près de 20 ans, Ian Abinakle est à Toronto tout le mois de juin. Il organise une série de spectacles en marge des festivités de la fierté. Ce rendez-vous annuel est plus essentiel que jamais, selon lui. Ian Abinakle vient à Toronto chaque mois de juin depuis près de 20 ans pour organiser une série de spectacles en marge de la Fierté. Photo : Radio-Canada / Marion Bérubé On a besoin de célébrer la différence. On a besoin de montrer qu'on existe. Des milliers de personnes convergent chaque année à Toronto pour prendre part au festival de la Fierté. Même si le départ de commanditaires majeurs a fragilisé les finances de l’organisation, Ian Abinakle estime qu’il est toujours aussi important de se rassembler. Originaire d’une région rurale de l’Australie, Jared Backhouse a longtemps cru qu’il était seul au monde. Avec la montée constante du conservatisme de droite, non seulement en Amérique du Nord mais aussi en Europe, je pense qu’il est plus que jamais nécessaire de continuer à célébrer ce type d’événements. C’est aussi une façon de dire : "Nous sommes toujours là, vous ne pouvez pas nous effacer.''

On le voit partout dans le monde, ça commence à se faire sentir aussi au Canada, il y a une montée des discours anti-LGBT
, renchérit le titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres à l’Université du Québec à Montréal, le professeur Martin Blais. On sent quand même la crainte de certains reculs.
Être gai, lesbienne ou trans reste impensable dans plusieurs régions du monde
, déplore-t-il.
Ça me brise le cœur
, se désole-t-il.Il est plus crucial que jamais d’être visibles, d’avoir une représentation et de créer des espaces où les gens peuvent être eux-mêmes
, pense de son côté Jared Backhouse. Je ne peux qu’espérer que la Fierté continue de prendre de l’ampleur partout dans le monde.
Montée des crimes haineux
Je pense que la montée des crimes haineux reflète aussi la montée des discours haineux
ajoute le professeur Martin Blais, donc, il y a non seulement des propos de plus en plus décomplexés, mais aussi des gestes violents extrêmement graves.
Je pense que ça appelle une mobilisation
, poursuit-il, pas seulement des communautés concernées, mais aussi une mobilisation politique pour entreprendre les réformes législatives nécessaires pour, espérons-le, dissuader les personnes de s'engager dans ce type de discours et d'actes.
C’est une célébration de la différence
C'est montrer qu'être différent n'est pas quelque chose de dangereux, au contraire, c'est quelque chose qui peut apporter du plaisir et qui apporte la connaissance
, soutient l’organisateur.
On a besoin de montrer qu'on est trop nombreux pour être effacés et qu'on a aussi nos droits. Pride est important, parce que c'est un temps de visibilité. On a un poids dans la société, on n'est pas juste des personnes marginales qu'on peut ignorer facilement
, soutient-il.Je n’avais pratiquement aucune représentation claire autour de moi
, dit-il. Il compte bien célébrer avec sa communauté qui l'a accueilli à bras ouvert, ici. C’est Noël!
, s’exclame-t-il, le sourire aux lèvres.Le fait qu'on continue année après année à se mobiliser, qu'on organise encore ces actes de mobilisation, de résistance et ces festivités est en soi vraiment porteur d'espoir
, souligne Martin Blais. Ce n’est pas les premiers revers vécus par la communauté LGBTQ+. On peut apprendre de ces expériences passées et ça donne espoir pour l’avenir de savoir qu’on peut le faire.
Advertising by Adpathway









